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Il y a deux ans, Alain Rombaux a racheté à la commune d'Issenheim l'ensemble du site industriel Gast. Rencontre avec un promoteur atypique, pour lequel il n'est pas plus grand plaisir que de résoudre des problèmes apparemment insolubles.

 


Extrait du "DNA" du 22 janvier 2012


 

le-promoteur-immobilier-alain-rombaux

Une carrure de troisième ligne de rugby, près du double mètre sous la toise, le sens du contact et le verbe haut, le (presque) cinquantenaire n'est pas homme du sérail financier mais né dans une modeste famille mulhousienne; sa première vie l'avait conduit à la direction commerciale d'un fabriquant de fenêtres. 

 

L'immobilier, il y a pris goût avec son épouse Jasmine en cédant il y a 17 ans à des amis un appartement qu'ils avaient entièrement refaits. Ils en achètent deux autres qu'ils aménagent puis revendent... Le passe-temps devient une passion.

« Je n'ai pas une vocation de démolisseur, je suis amoureux des vieilles pierres et d'histoire locale. Ce que j'aime, avec mon équipe, c'est trouver des solutions pour faire vivre autrement des lieux symboliques, chargés de mémoire. Pour ce faire, il faut que la commune (c'est vrai à Issenheim comme ce l'était pour la caserne Drouot de Mulhouse, ndlr) soit complice... mais je veux avoir la maîtrise totale du dossier et donc sa responsabilité. »


Confrontées au problème de friches industrielles, les communes sont souvent démunies ; elles n'ont pas les hommes pour leur imaginer une autre vie, n'ont pas toujours les bons contacts dans le monde économique ni les moyens de commercialisation... «Ces sont des domaines où j'ai acquis un savoir-faire reconnu, continue le Mulhousien. A tel point que je suis actuellement sollicité comme consultant en Bretagne, à Montpellier et à Montélimar (pour une friche de 15 ha, soit 150.000 m2 de bâti ndlr).

A Issenheim, où le coût global de l'investissement devrait être de 6,5 millions d'euros pour 15.000 m2 bâtis, il n'y aura ni démolition, ni construction. Le site est bien assez dense et nous allons conserver tous les toits en sheds, symbole de l'activité textile passée. Le projet, déjà bien engagé et défini avec le cabinet d'architecture Franck Strupp, fait également la part belle aux espaces verts. »


Sept PME déjà installées et une dizaine de lofts envisagés


Vu de la rue de Cernay, côté chàteau, la friche parait immuablement figée, vide, inerte... mais c'est à l'arrière que sa nouvelle histoire a déjà commencé à s'écrire. Sept PME, toutes non polluantes et employant une trentaine de salariés, sont installées sur 3000 m2 d'anciens locaux aménagés et restructurés, constituant la première tranche de travaux dont tous les volumes ont été vendus.

Parmi elles, Production images, une entreprise de dix salariés dirigée par Stéphane Simon et spécialisée dans la conception et la réalisation de panneaux et enseignes publicitaires de grands formats. « Le remboursement de l'emprunt fait pour acquérir 1200 m2 n'est pas supérieur au loyer que je payais à Mulhouse... et j'ai triplé ma surface de travail ! Je n'ai pas délocalisé mes salariés mais au contraire embauché dans la région proche. Avec internet et la proximité des grands axes routiers, l'éloignement apparent des grands centres est un faux problème. Et nous sommes au calme, à la campagne ! »

Une entreprise de serrurerie et un fabriquant de fenétres sont au nombre de ses voisins, tandis qu'un grand studio photo luxembourgeois travaillant pour des catalogues de la grande distribution s'installera prochainement.

« Tous les réseaux ont été refaits, la voirie intérieure du site reste propriété privée et sera la seule partie collective; devant chaque entreprise seront aménagés des espaces verts, il n'y aura pas de grands parkings.

Dans quelques semaines, après la modification du PLU, la deuxième tranche des aménagements va être entreprise. Elle concerne, souligne Alain Rombaux, la création, toujours dans des volumes existants, d'une dizaine de lofts avec garages, dont la surface ira de 120 m2 à 300 m2. Ils seront vendus vides, mais avec tous les réseaux aux normes, ou entièrement aménagés selon le souhait des acheteurs. »

Dans le même temps, seront entrepris les travaux dans la partie droite du chàteau où va s'implanter sur plus de 1000 m2 un complexe de fitness et de remise en forme sans toucher à la façade, classée. Pour la partie gauche de cet ensemble, des discussions sont en cours afin de développer l'offre ludique, avec des espaces pour les jeunes ainsi qu'un service de restauration.

 

Quel avenir pour la salle des colonnes?

Quel avenir pour la salle des colonnes

Une troisième tranche de travaux concernera, certainement en fin d'année, la création d'un espace entreprise avec des bureaux, des ateliers et des salles de séminaire avec pour l'une une capacité de 250 places.

Mais le gros point noir, reste la salle des colonnes et ses 4000 m2.« Elle est classée, et rien ne peut être fait sans l'accord des Bâtiments de France... dont les services bloquent nos différentes propositions qui tous conservent la totalité des colonnes. L'idée-pivot est de l'aménager afin d'accueillir des salons temporaires avec 160 modules d'exposition de 16 m2 chacun, un maillage pour une circulation aisée... Il reste encore à définir la destination de 3000 m2 d'entrepôts, mais le principe d'en faire une zone ludique, thématique et couverte, est privilégié. »

 

Foisonnant d'idées et de projets - il vient ainsi de s'engager dans le sauvetage de l'Elsass hôtel à Bollwiller -, Alain Rombaux « n'a jamais sollicité une subvention. » pour lui «une opération privée doit se titre avec des fonds privés, dans le respect des réglementations et dans le sens de l'intérêt public. Ce que je demande en revanche aux différentes administrations, c'est d'être des faciliteurs. Dans le cas de Gast, j'ai le soutien total des élus locaux... et ce n'est pas de leur fait si certains dossiers tardent à être réglés ! ».
B.FZ.

Foisonnant d'idées et de projets - il vient ainsi de s'engager dans le sauvetage de l'Elsass hôtel à Bollwiller -, Alain Rombaux « n'a jamais sollicité une subvention. » pour lui «une opération privée doit se titre avec des fonds privés, dans le respect des réglementations et dans le sens de l'intérêt public. Ce que je demande en revanche aux différentes administrations, c'est d'être des faciliteurs. Dans le cas de Gast, j'ai le soutien total des élus locaux... et ce n'est pas de leur fait si certains dossiers tardent à être réglés ! »

B.FZ.

 

 

Un peu d'histoire


En 1851 Édouard Gast, neveu des frères Zimmermann, construit la première filature à rez-de-chaussée d'Alsace, « qui ressemble plutôt à une forteresse qu'à une simple filature [...] on vante la salle principale comme l'une des plus belles qui puissent se voir », écrit Théodore de Morville ; en 1860, l'établissement emploie 150 personnes.

A l'automne 1915 l'usine arrête, comme les autres manufactures textiles de la région, sa production jusqu'à la fin de la guerre; en 1920 la filature fusionne avec la filature Schlumberger de Guebwiller pour constituer l'Union textile. Cette nouvelle entité rachète le tissage Hartmann qui se spécialise dans le retordage. En 1969 l'Union textile est restructurée, Hartmann cédé à la SAIC (qui le ferme en 1988), le site Gast est, lui, intégré aux Filatures du Florival. L'usine est agrandie en 1983 et, les premières difficultés économiques apparaissant dés 1987, passe sous le contrôle de la Société Alsacienne des Filés du Florival.

Fermeture définitive en 2004


Devenue Société Alsacienne de Filatures en 1990, l'entreprise est rachetée l'année suivante par Jacques-Simon Bigard et prend le nom de Fabertex.

La mise en liquidation judiciaire prononcée le 25 septembre 1996 entraîne 195 licenciements ; les anciens salariés occupent pacifiquement l'usine durant quatre mois.

Le groupe nordiste Caulliez-Frères se porte acquéreur de la filature en janvier 1997 et reprend une soixantaine de salariés. Après sept années de production de fils tecnnologiques, l'usine terme définitivement à l'automne 2004 ; elle employait 48 personnes.

En 2006, Daniel Weber, alors président de la communauté de communes, avait initié une étude, restée lettre morte, visant « à mettre en place un pôle des métiers d'art, s'articulant autour des métiers de la céramique dans un site qui se prête admirablement à la création d'entreprises » .