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La paroisse Saint-André

La paroisse d'Issenheim, probablement fondée par l'abbaye de Murbach, serait antérieure à l'an 1000. L'ancienne église romane avec son caractéristique clocher à bâtière renfermait des fonts baptismaux d'un mètre de diamètre, portant le millésime 1142. Deux chapellenies y étaient dédiées à St Michel, attestée dès 1342, et à Ste Marguerite.

Jusqu'en 1482 la paroisse dépendait de Murbach. Elle fut ensuite incorporée au préceptorat des Antonins d'Issenheim. Elle faisait partie du chapitre Citra Colles Ottonis du diocèse de Bâle.En 1624, le clocher, qui ressemblait à celui de l'église de Merxheim, abritait deux cloches. De cette époque date le compte-rendu des rentes et revenus de la fabrique de l'église St André, dont Urbain SCHUELER est le receveur. Ce budget, excédentaire par ailleurs, couvre la période allant de la St Martin (11 novembre) 1621 à celle de 1623.
Les recettes se composent de différents chapitres et sont de diverses natures
Eglise st-André d'IssenheimLa recette en argent provient essentiellement de la sonnerie à l'occasion d'un décès. On enregistre 38 morts pour cette période. A titre d'anecdote nous y relevons :
La recette en huile provient de cens sur des maisons

La recette en cire provient des amendes
Pour jurement de Dieu, la condamnation se monte à 1 quart de livre. La même amende est exigée pour avoir porté du bois au logis pendant un jour de fête. La personne surprise en flagrant délit de blasphème se voit infliger une amende d'une livre de cire.
Au chapitre des dépenses, l'essentiel de ce budget est consacré au financement de la construction de la nouvelle sacristie. D'autres postes concernent des travaux effectués à la maison d'école où l'on a installé deux nouvelles portes, ainsi qu'à l'église dont on a repeint le choeur.
D'autres dépenses plus habituelles sont effectuées pour payer le salaire de l'instituteur pour la fabrication des cierges, dont celui de Pâques, et l'achat de vin pour les communiants, lorsqu'il a fallu se confesser sur ordre du curé.

Enfin, détail dont l'importance ne saurait nous échapper, une livre de pourboire pour les hommes qui ont démonté l'autel pour le mettre en sûreté à Guebwiller, à cause des dangers de guerre.
Le dimanche 24 mars 1624. Urbain SCHUELER délivre au nouveau receveur Conrad BECKEN l'huile restante.
L'analyse des différentes dépenses, essentiellement liées à des travaux de
réparations et de reconstructions, nous permet de penser qu'il s'agit alors de
remettre en état les bâtiments touchés par les importants dégâts causés par la troupe de Mansfeld, en janvier 1622.
Ceci nous paraît confirmé par un courrier de l'évêque de Bâle au seigneur de BIRSECK, dans lequel il écrit que les villages d'Issenheim et Ostein étaient ravagés, les églises et leurs ornements profanés.


Description de l'église paroissiale d'Issenheim vers 1672

...l'autre église qui fait la symétrie avec celle du monastère est la paroisse, petite à la vérité mais tenue fort proprement soit par les soins du père curé qui la dessert, soit parce que son revenu est employé utilement à tous ses besoins. Il consiste en plusieurs choses de différentes natures, savoir en 24 livres bâloises d'argent non compris s 18 livres pour le louage de quelques prés appartenant à l'église, 12 sestres et demi de seigle, 4 et demi d'orge, 21 pots d'huile et 4 livres de cire...
L'ancienne église, construite parallèlement au lit de la Lauch, était orientée d'ouest en est, le clocher tourné vers la montagne. Les comptes communaux de 1712 mentionnent des travaux de réparations effectués au clocher, à la suite d'un incendie, semble-t-il !
Plan eglise - 1695Kilian SCHUMACHER, originaire d'Ammerschwihr, est le dernier curé d'Issenheim avant la Révolution. Comme nombre de ses collègues religieux, parmi lesquels le chapelain d'Ostein, Antoine FRIES, il connaîtra les affres de la déportation. Parallèlement, d'autres voies de fait s'exercent sur les trois églises situées sur le ban d'Issenheim, mais également contre la synagogue. Les objets du culte sont saisis, emportés pour ensuite être transformés au profit de l'armée. Les ornements et autre effets en or, argent ou cuivre, sont particulièrement visés.
L'éphémère évêché du Haut-Rhin, créé en 1790, est supprimé en 1802. L'ensemble du département est rattaché au diocèse de Strasbourg. La paroisse d'Issenheim fait partie du doyenné de Soultz.
Jean-Baptiste DISS est le premier prêtre concordataire d'Issenheim.
En 1809, il exerce son ministère dans une église qui menace ruine. Malgré
l'état déplorable de l'édifice, il fait refondre la grande cloche. A la St Etienne 1816, il fait installer un nouveau chemin de croix dans cette vieille église.

En mars 1820, la commune d'Issenheim acquiert un nouveau presbytère. Il s'agit d'une maison située Quai de la Lauch, ancienne propriété de Madame DORVEAUX. Avant la période révolutionnaire, le curé d'Issenheim logeait au couvent des Antonins, dans les appartements actuellement occupés par M. l'aumônier de la Maison St Michel.
Dimanche, le 23 février 1823, l'abbé Jean Baptiste DISS, donne lecture d'un courrier jetant l'interdit sur l'église paroissiale. Pour cause de vétusté, l'édifice ne pourra plus être utilisé pour l'usage ecclésiastique. Après les vêpres, le Saint Sacrement fut transféré dans une chapelle provisoire, installée dans la grande salle de la mairie, où les jours de semaine, était célébrée la messe.
Le dimanche, toute la communauté des fidèles allait en pèlerinage à la cha- du Saering, située au cimetière de Guebwiller, ou à l'église de Bergholtz. C'est le coeur déchiré, qu'on dut finalement se résoudre à la démolition de l'ancienne église.


Une nouvelle église

En 1824, M. Thiébaut ZIMMERMANN offre une pièce de terre pour la construction de l'église. Mais les travaux de construction de la nouvelle église ne débutent qu'au printemps 1826, après avoir réuni les fonds nécessaires. Le curé DISS offre une partie de ses économies, suivi en cela par la générosité de nombreux habitants d'Issenheim. La somme recueillie est complétée par deux maigres subsides provenant de l'Etat et de l'Evêché.
La première pierre est posée le 19 avril 1826. Les travaux durent presque deux ans. Le terrible hiver 1826-1827, interrompt pendant plusieurs mois le chantier. La population locale participe activement à divers travaux. Une équipe piochait, pelletait et sortait le gravier de la Lauch. D'autres personnes ache-minaient les pierres provenant de la carrière de Bergholtz. Les jeunes filles évacuaient, à l'aide de paniers, la terre excavée pour l'étaler autour de la future église en vue d'y aménager un nouveau cimetière. Sa bénédiction aura lieu le 21 octobre 1826.
Le dimanche après la Noël 1827 se déroulèrent enfin les festivités liées à la consécration de la nouvelle église paroissiale d'Issenheim. L'édifice, composée d'une vaste nef parallélépipédique, sans aucun style, était prêt à accueillir les fidèles de la commune. Du côté de l'école, accolé à la nouvelle construction, se dressait le vieux clocher que l'on avait décidé de conserver. Parmi la population d'Issenheim on compte alors 860 catholiques.
En 1834, M.Thiébaut ZIMMERMANN devient président du Conseil de Fabrique. Il est le donateur de l'orgue Callinet, instrument dont il joue lui même.

En 1843, débutent les travaux de construction de nouveau presbytère, Ajourd'hui situé entre l'église et l'école des filles. L'ancien, situé à la Lauch-.iss, est mis en vente par adjudication.
En 1858, le vieux clocher roman est démoli. On décide l'agrandissement de la nef et l'élévation d'un nouveau clocher. Le premier décembre 1861, on baptise les 4 cloches de l'église agrandie d'Issenheim. On compte alors près de 1600 catholiques dans le village.


L'orgue d'Issenheim : un Joseph Callinet

Malgré l'absence de tout document d'archive, l'orgue d'Issenheim est attribué à Joseph CALLINET. Cet orgue a vraisemblablement été construit au second semestre de 1834 ou au début de l'année 1835.

Chronologiquement, il succède directement à celui de Sainte Croix-aux- Mines. Le facteur d'orgue rouffachois y reprend le thème des anges. Il en place ,deux sous chaque tour. Il reprend également ici les frises à oves et à fleurs d'eau. héritées de son père et de son grand-père.

l'orgue CALLINET à IssenheimCommandé et financé par l'aîné des célèbres frères ZIMMERMANN, JeanThiébaut un mécène local, devenu entre-temps Président du Conseil de Fabrique de l'église paroissiale Saint André, cet instrument devait initialement être apparenté à celui de MOLLAU.
Il fonctionne près de 60 ans dans sa version originale, avant d'être malheureusement mutilé. Sa soi-disante restauration est décidée en 1895. Joseph -Antoine BERGER est chargé de ce travail. Il procède à diverses modifications.
Le 27 mars 1917, des tuyaux d'orgue d'un poids total de 90 kg sont démontés. De même 3 cloches, pesant ensemble 2444 kg, sont descendues du clocher. L'ensemble est destiné à la fonderie pour la orgue Callinet-Issenheimfabrication de matériel de gguerre. En octobre de la même année, le Kriegsmetall A.G. à Berlin paye une somme de 620 DM pour les tuyaux d'orgue. Jamais il ne sera trace des -400 DM promis pour les 3 cloches confisquées.
En décembre 1921, une nouvelle restauration, due à Joseph BESSERER signe l'arrêt de mort de l'orgue Callinet. L'orgue est pneumatisé. Une dernière restauration d'ailleurs inachevée entreprise par la maison SCHWENCKEL en 1958. réalise la transmission électro-pneumatique de l'instrument. D'après des spécialistes, le "grand et bon orgue" Joseph CALLINET est mort.
Actuellement il se présente dans un état des plus critiques. On parle d'une éventuelle et nouvelle restauration. Saura-t-elle rattraper les erreurs et autres transformations passées ?


Le dimanche des Rameaux : D'r Palmesunntig

Le dimanche avant Pâques, connu sous la dénomination de dimanche des Rameaux est célébré avec faste dans toutes les paroisses d'Alsace. Une bénédiction de rameaux, d'Palme, surperbement décorés caractérise cette fête. Un bouquet de houx et de buis, garni de bretzels, de friandises fait la joie des enfants qui le portent à l'église.
Dans un poème, daté du 29 mars 1896, Auguste BIECHELER se rappelle le souvenir de cette procession et de ses préparatifs. Nous le restituons dans sa version dialectale inédite :

D'r Palmesunntig

B'sinsch du dicte noch vo salle Zitta, Un dert uf d'r Kirchestaga,
Wenn's Palmesunntig als isch g'se ? Wie hat m'r g'hebt si Palme hotte;
Wie tapfer sin mir ku z'schritta, As jo ihm trifft Gottes Saga,
Denn kein het welle z'hindert steh I g'seh met Fraid das alles noch.
CI
Ain Morga als in aller Friahe, Worum wann manga hitt verbiata,
Isch m'r aras un hat si g'mutzt; In ihre Kinder. Palme s'tra ?
Wer hâtt im Bett noch kenna ruaiha. Worum nur suacha si z'verhiata, Denn Hitta heisst's d'r Palme putzt ! As ihre Harz tuai frehlig schla ?
Er isch scho ziart met schena Fletla. Lian dock de Kinder ihre Fraida,
Un Beldla avala dra auch gnua; Lian Gottes Saga uf si ku;
Nur fahle noch mehrera Weckla, Da Saga werd sic stets beglaita,
Un Bratzala mian o noch d'r zua. Ihr han jo z'erst d'r Lohn d'r vu.
Jo manga han gwiss ohne z'spasse, A Zuckerstand dra hancka gha,
Docte guai han dia als mia ufpasse, Issenheim le 29 Mars 1896
As d'andra s'nit han awe g'schla. Aug. BIECHELER

Da Palme hâtt m'r gah nit nicher, Denn lang scho hart m'r si di-tif
Un sKôpfla hat m'r -hebt auch Hôcher,
Wenn m na hat in d'Kircha trait.


L'Ackerkapelchen de la Pfleck

Dans le canton de la Pfleck, à la limite des bans communaux d'Issenheim et de Bergholtz, se trouve une petite chapelle. Il s'agit de l'Ac kerkape Ich en ou chapelle des champs, plus simplement dénommée S'Kapellele.
Sa construction remonte aux années 1870. A cette époque, la famille ERNST, qui tenait une auberge à Issenheim, se rendait régulièrement dans ses vignes à Bergholtz. Un des fils, qui souffrait d'une maladie pulmonaire était souvent obligé de s'arrêter en cours de route. Ses proches lui installèrent un banc à l'extrémité d'un champ qu'ils possédaient le long du chemin. C'est là, que patiemment et pieusement, il attendait le retour des autres. A sa demande, sa famille fit élever en cet endroit la chapelle des champs.Ackerkapelchen_pfleckDédiée à la Vierge éplorée au pied de la Croix, elle fut dotée d'une Pieta dont on ignorait la provenance. Celle-ci fut repêchée des eaux lors d'une crue de la Lauch. Il s'agissait d'une statue sculptée dans un tronc d'arbre. Le jeune ERNST lui dédiait ses prières et y trouvait son réconfort. Bientôt d'autres per-sonnes se joignèrent à lui et l'endroit se mit rapidement à jouir d'une grande popularité. Depuis, plusieurs personnes ont pris la suite de la famille fondatrice pour s'occuper du petit pèlerinage local. En 1952, Mme Emma SIMON en a pris le relais. Comme ses devancières, elle consacra une énorme activité aux soins de la chapelle. Malheureusement, aussi elle fut souvent le premier témoin des actes de vandalisme qui secouaient de temps en temps ce lieu paisible situé au pied du vignoble .
Son plus mauvais souvenir date de 1965 : il s'agit du vol de la Pieta. Quelques temps après, la Vierge de la Pfleck réapparut en Sarre, où un prêtre la racheta à un antiquaire ! Renseigné par les aveux du voleur, il contacta le curé d'Issenheim pour lui faire part de sa découverte. C'est ainsi que la statue revint sur les bords de la Lauch.
C'est en souvenir de son retour, que Mme SIMON décida d'aménager un chemin de croix derrière la chapelle. Les différentes stations sont constituées de croix de bois calquées sur le modèle tyrolien. Les images qui illustrent le calvaire du Christ sont originaires du Canada. Sa réalisation date du 14 septembre 1984. Le lendemain décéda M. l'abbé Léon SCHRAPF, grand bienfaiteur du lieu et curé d'Issenheim de 1947 à 1967.


La procession de la Fête-Dieu

Deux semaines après la Pentecôte, l'Église célébrait jadis une tradition religieuse haute en couleur : la Fête-Dieu. Apparue en Flandres dès le 13eme siècle, elle ne fut importée en Alsace qu'au début du siècle suivant. Il faudra encore attendre un centaine d'années avant de voir défiler les premières processions à la gloire du Saint-Sacrement. Abandonnées à l'époque de la Réforme, elles seront reprises après l'annexion française de 1648. Abolies par le Concordat de Napoléon, elles reprendront avec vigueur sous la Restauration.
La Fête-Dieu était la fête paroissiale par excellence. Les fidèles se mobilisaient pour l'organiser. Les hommes installaient les échafaudages destinés à supporter les autels qu'ils encadraient de bosquets formés de jeunes bouleaux coupés dans la forêt communale. Les femmes s'occupaient de la décoration et recouvraient les grossières charpentes de belles tentures dorées et les marches des plus beaux tapis. Elles plaçaient les statues et les vases précieux qui débordaient de flamboyants glaïeuls, d'oeillets ou de roses.
La jeunesse s'adonnait à la cueillette des fleurs. Sillonnant le ban de la commune, elle remplissait de grands paniers. C'est ainsi qu'à Issenheim, la veille du Liawaherrgottstàg, nous descendions au Bachgarten cueillir les coquelicots, bleuets, marguerites qui poussaient le long, des chemins ou dans nos jardins d'Hinterem Ostein. Le lendemain, leurs pétales tapissaient l'asphalte des rues empruntées par le cortège. Les maisons riveraines se mettaient aussi au diapason : elles se décoraient de drapeaux multicolores, de plantes en pots, de crucifix et de statues. La procession pouvait commencer.

Trois servants de messe marchent en tête. Derrière eux viennent les garçons portant des fanions d'Fahneleprozession. Ensuite viennent les fillettes, toutes vêtues de blanc. Elles sont suivies par trois garçonnets déguisés. Ils représentent l'Enfant Jésus, s'Jesükend, Saint Jean-Baptiste et le Bon Berger. Ils précèdent le dais, d'r Himmel, le ciel. C'est une voûte de tentures brodées avec une touffe de plumes d'autruche, aux quatre angles. Il est porté par quatre hommes en habits noirs de cérémonie. Sous le dais marche le prêtre. Il tient le soleil de l'ostensoir.
Un groupe de servants de messe précède le dais. Par équipe de trois ils avancent successivement, à reculons, suivant un cérémonial longuement répété à l'avance. Deux d'entre eux envoient des pétales de roses et de fleurs de pavots. Le troisième balance, par à-coups, l'encensoir. Derrière le dais suivent les hommes et les femmes, séparément. La procession s'arrête aux quatre reposoirs. On dépose bannières et statues. Les chants et les prières résonnent à travers les artères de vieux village. Le calme revient quand les participants reçoivent à genoux la bénédiction.
genou
rares paroisses organisent encore la procession solennelle. Souvent, on se limite à un modeste cortège autour de l'église. A l'origine l'Eglise institua cette fête pour vénérer publiquement le Christ dans le Saint-Sacrement. Mais au fil du temps, au début des années soixante-dix surtout, la tradition se dégrada progressivement. Le folklore finit par l'emporter sur le sens profond et digne de la procession. Certains curés décident alors de l'annuler.