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Mairie d'Issenheim
2 rue de rouffach
Tél 03 89 62 24 30
Fax 03 89 62 24 31

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Index de l'article
Le relais de la Poste à Issenheim
Le maître de Poste
Essais infructueux de transfert de la Poste aux lettres de Rouffach à Issenheim
Difficultés du maître de Poste Zimmermann lors de son installation à Issenheim
Prétentions abusives de Zimmermann aux communaux
Conflit avec la communauté sur l'emplacement de la maison de Poste
Création d'un service de messagerie
Le statut fiscal du maître de Poste en 1788
La période révolutionnaire
La démission de Jean-Thiébaut Zimmermann
Les successeurs de Jean-Thiébaut Zimmermann
Toutes les pages

Le relais de la Poste aux chevaux

 

En 1681, sous l'autorité de Louvois, ministre et grand maître des courriers, surintendant des Postes, un réseau de relais postaux est mis en place. Les bases d'une nouvelle organisation sont ainsi posées de façon durable pour près de deux siècles. Seules quelques légères modifications interviendront ultérieurement.

Le 15 octobre 1749, à la suite de la démission du nommé BESSON, maître de Poste à Rouffach, le relais sera supprimé dans cette ville et transféré à Issenheim, où il sera tenu par François Antoine ERHARD, le procureur de la Seigneurie d'Issenheim. Un relais intermédiaire sera créé à Hastatt entre ceux de Colmar et d'Issenheim. De même, le relais de Cernay sera transféré à Aspach-le-Bas.

Entre Strasbourg et Belfort, il y a neuf de ces relais dans les localités suivantes : Saint-Ludan, Benfeld, Sélestat, Ostheim, Colmar, Hattstatt, Issenheim, Aspach-le-Bas et La Chapelle-sous-Rougemont.

Ancien relais de la poste Le relais d'Issenheim changera plusieurs fois de place, à l'intérieur ou à l'extérieur même du village, mais il est toujours situé au bord de la grande route.
Le premier maître de poste d'Issenheim possède depuis 1747 une belle propriété. Il y installe le siège local de la poste aux chevaux. La construction de cette maison remonte, comme l'atteste le millésime inscrit sur le fronton de l'entrée principale, à 1737. Son premier propriétaire fut Philippe WILHELM, alors procureur fiscal de la seigneurie et futur beau-père de François Antoine ERHARD. Elle s'élève sur l'emplacement d'une ancienne métairie communément dénommée d'Melckerey. Aujourd'hui encore la rue des Pins qui passe à proximité de ce bâtiment est connue sous le lieu-dit : Hinter der Melckerey.

La maison de Poste s'acccompagnait d'une forge, d'écuries, de granges et de remises. Le relais étant l'arrêt officiel des voitures, il devait être facilement accessible et muni de tout le nécessaire pour le repos et les soins dus aux chevaux, ainsi qu'à l'entretien et, au besoin, à une réparation à effectuer.
Certaines traditions signalent que la diligence était précédée par l'avant-courrier, un homme à cheval, qui devait faire préparer les chevaux. Ceux-ci devaient être bridés à l'avance et le postillon de service prêt à les monter. L'arrivée de la diligence était annoncée par le postillon qui sonnait du cor. C'était alors le remue-ménage habituel au relais, les palefreniers sortant en hâte les chevaux frais qui allaient pour une distance donnée remplacer les chevaux fatigués.

Le trajet d'Issenheim à Aspach devait se faire en une heure quarante (pour une distance d'environ vingt kilomètres), celui à Hattstatt en une heure quinze (quinze kilomètres). Issenheim était également une station principale pour le transport des voyageurs et des marchandises.

De la circulation intense résulta la construction d'auberges et de restaurants. Ceux-ci bordaient la route royale, l'actuelle route de Rouffach où l'on voit d'ailleurs toujours les maisons larges et grandes qui jadis ont hébergé les voyageurs. Il y en avait plus d'une douzaine en exploitation et leurs enseignes en fer forgé annonçaient : Aux Deux Clefs, Au Lion d'Or, A la Croix d'Or, Au Canon, Au Cheval Blanc, A l'Ange, A la Demi-Lune, A la Couronne, Au Mouton, Au Sauvage, Au Saumon, Au Bœuf, Aux Trois Rois, A l'Aigle...

A l'époque, et de temps immémorial, se tenaient trois grandes foires annuelles le long de l'artère principale. Le 11 novembre, jour de la Saint-Martin, les 13 et 14 août, veilles de l'Assomption , les 6 et 7 septembre veilles de la Nativité de la Vierge. On y exposait en vente des outils, ustensiles, des draperies, cuirs, effets d'habillement et des cercles de bois, à l'exclusion de toute vente de bétail.

Des courtiers et des marchands israélites élirent domicile dans le village, le commerce des bestiaux et l'échange de terrains furent florissants.

 


Le maître de Poste

 

La maison de Poste était tenue par le maître de Poste. Celui-ci avait un double rôle :

  • général, puisque c'est uniquement sur lui que reposait le transport par Poste des voyageurs, qui, contre rémunération lui empruntaient ses chevaux.
  • postal, puisqu'il était chargé d'assurer le transport des dépêches.

Son rôle essentiel qui est la raison même de son existence, est le transport du courrier. Il est obligé de fournir gratuitement, deux fois par semaine, deux chevaux aux courriers des malles et le même nombre par courrier supplémentaire. Il est dit que c'est pour le service des courriers ordinaires que les maîtres de Poste reçoivent les gages que le roi leur accorde et jouissent de leur privilèges. Ces privilèges et leurs gages ne sont point accordés pour conduire les voyageurs qui payent des chevaux à un prix fort avantageux. En contrepartie, le maître de Poste est soumis à des obligations. Le transport du courrier devait se faire dans les conditions de rapidité prévues et la malle transmise de poste en poste devait arriver à destination en bon état.

Il est défendu à quiconque d'utiliser les chevaux réservés au courrier pour ses déplacements. Indépendamment de la fourniture des chevaux et de leur équipement, les maîtres de Poste devaient se pourvoir de postillons pour accompagner non seulement les courriers, mais aussi les voyageurs, et ramener les chevaux à la maison de la Poste.

Les gages du maître de Poste sont peu importants. Ceci était compensé par des privilèges et des exemptions. Le principal des bénéfices de l'exploitation des maîtres de Poste leur venait du privilège qui leur appartenait de louer au public des chevaux, dont le prix était arrêté par ordonnance royale. Il devait être établi de telle sorte qu'il laissât un bénéfice certain à son propriétaire et pour cela il fallait tenir compte des fluctuations économiques, ainsi que du coût des grains et fourrages nécessaires à l'approvisionnement des écuries.

Le maître de Poste était exempt de toutes tailles et de toutes charges publiques : logement de gens de guerre, guet et charges de ville, ainsi que de toutes contributions de fournitures pour subsistance et logement de gens de guerre.
Ces gages étaient insaisissables et devaient être payés tous les six mois. Les maîtres de Poste avaient le droit de vendre du vin et des vivres aux courriers et postillons sans en être inquiétés par les corporations d'hôteliers et de cabaretiers. Ils ne payaient aucun droit d'Umgeld jusqu'à cent mesures débitées (I'Umgeld était un droit perçu sur le vin et la bière débités par les aubergistes et cabaretiers. Il était en général de seize sous par mesure de trente-deux pots (ou soixante-quatre pintes) de vin, et de huit sous quatre deniers par mesure de bière). Toutes ces exemptions étaient concédées à titre gratuit.

Mais ces privilèges n'étaient pas sans répercussion sur les impôts des autres contribuables et une active opposition se manifestera contre l'abus de ces exemptions, surtout en matière de taille, le plus vivement combattue par les représentants des communautés.

En effet, l'exemption de la taille était celle qui surchargeait le plus les autres contribuables.

 


Essais infructueux de transfert de la Poste aux lettres de Rouffach à Issenheim

 

La Poste royale comprend deux administrations distinctes qu'il ne faut pas confondre :

  • La Poste aux chevaux qui assure le transport des voyageurs et du courrier qui est concédée par brevet à un propriétaire généralement aubergiste, qui dispose d'un relais et prend le titre le maître de Poste.
  • La Poste aux lettres, institution plus proche de l'administration actuelle, dirigée par un directeur chargé de collecter les lettres, les paquets et les fonds, avant de les confier pour le transport au relais de sa localité ou à la malle-poste de passage.


Depuis 1751, on note plusieurs tentatives pour le transfert du bureau de la Poste aux lettres de Rouffach à Issenheim, où se trouve depuis peu le relais de la Poste aux chevaux.

En 1754, François Antoine ERHARD, maître de Poste d'Issenheim, adresse un mémoire aux Conseil des Postes, en vue de ce transfert. Il observe que le bureau de Poste de Rouffach se trouve séparé de la Poste aux chevaux d'Issenheim, cela consomme le double du temps qui serait nécessaire si les deux services se trouvaient réunis.
Comme Rouffach est un lieu fermé (de remparts), et que le courrier y passe de nuit, l'ouverture des portes de la ville occasionne un second retard. Ensuite, il précise qu'Issenheim est situé entre Guebwiller, Soultz, Bollwiller, Ensisheim, Thann et Bollwiller qui sont des «baillages considérables et où les ordres arriveraient plus rapidement que par Rouffach». Enfin qu'Issenheim se rapprocherait du bureau de Belfort trop éloigné de Rouffach, qui se trouve trop près de Colmar.

Le sieur MOUILLESAUX, contrôleur provincial des Postes à qui l'on a envoyé ce mémoire, convient des avantages qui présente cette proposition, et des inconvénients auxquels elle remédierait. Mais il observe que l'hôtellerie que tient le maître de Poste qui demande la Poste aux lettres «n'est point propre à y placer le dépôt de la confiance publique». Cependant il pense que l'on pourrait confier le bureau à une autre personne. Une autre objection est que Rouffach est un lieu de passage et de halte des troupes. Mais comme ces troupes ne sont que de passage, elles ne reçoivent point de lettres.

MOUILLESAUX est donc favorable au transfert à Issenheim, mais il doute que son avis soit suivi, parce que Rouffach est le siège d'un bailli, et que ce sont les baillis qui reçoivent les ordre de l'Intendant. MOUILLESAUX est d'autant plus favorable au transfert, qu'à Rouffach le service de la Poste est très négligé. Les plaintes affluent de toutes parts. Le directeur, qui est protégé par le bailli JUNCKER, ne s'occupe guère de son service et laisse ce soin à sa mère qui est fort âgée. Il en résulte que le public n'est point servi.

Mais dans un contre-mémoire adressé à l'Intendant, le bailli JUNCKER détruit l'argumentation de MOUILLESAUX, en la rejetant point par point. Il «s'étonne des nouveaux efforts du maître de poste d'Issenheim cabaretier qui passe pour dérangé» . D'après lui, «ce dernier se serait tenu dans le silence, s'il ne trouvait un appui en la personne du sieur MOUILLESAUX».

JUNCKER rappelle que l'objet des Postes est l'accélération du service du roi, du public et des particuliers. Leur établissement s'est fait dans les villes principalement, les préposés y habitent, les affaires et le commerce y procurent plus de relations que dans les villages. Comme les courriers passent de nuit s'ils étaient portés plus loin, l'exécution des ordres se verrait retardée, et le bailli ne pourrait remplir correctement son devoir. L'arrêt de la malle-poste à Rouffach ne dure du reste que trois à quatre minutes.

D'autre part, JUNCKER remarque que Rouffach est mieux situé qu'Issenheim. Bollwiller et Guebwiller sont des baillages d'une étendue moitié moin que Rouffach. Bollwiller ne se compose que d'un château. Il n'y a que le baillage de Thann qui gagnerait une lieue, si le bureau était placé à Issenheim. Cette considération ne peut entraîner le transfert.
Il devrait s'établir un bureau à Cernay, au lieu de la messagerie qui retarde le service d'une poste à l'autre.

Suite à cette intervention de Juncker, le bureau de Poste aux lettres demeurera à Rouffach.

En 1826, les filateurs de Guebwiller, toujours obligés d'aller chercher leur courrier à Rouffach, demandent à nouveau le transfert du bureau de la Poste aux lettres à Issenheim.

Il fallut attendre la loi du 3-10 juin 1829 pour que soit établie une distribution postale dans toutes les communes françaises. Avant cette date, beaucoup de villes d'une certaine importance étaient privées de toute communication postale. L'on était forcé de faire chercher les lettres au bureau le plus proche, aux frais de la ville. Ainsi à Guebwiller, le magistrat entretenait un messager qui allait trois fois par semaine chercher les lettres au bureau de Rouffach. Il touchait vingt livres et treize sous de gages par an, et un sou de chaque destinataire de lettres.

 


Difficultés du maître de Poste Zimmermann lors de son installation à Issenheim

 

Dans la famille ZIMMERMANN d'Aspach-le-Bas, l'on était maître de Poste de père en fils. Jean-Georges ZIMMERMANN, né le 21 octobre 1717, épousera en 1737 Elisabeth DIETMANN d'Enschingen. Ils auront treize enfants dont huit survivront.
L'un d'eux, Jean-Thiébaut (16 mai 1743 - 30 octobre 1813) deviendra officiellement maître de Poste d'Issenheim le 4 août 1771. En effet, lorsque François-Antoine ERHARD, son prédécesseur avait donné sa démission, on avait eu beaucoup de mal à trouver un sujet qui veuille se charger du service de la Poste à Issenheim. Tous ceux à qui on l'avait proposé demandaient une ,-ratification annuelle de quinze à dix-huit cents livres, sur les frais du baillage.
Seul Jean-Georges ZIMMERMANN, maître de Poste d'Aspach s'était contenté d'une somme de trois cent livres, et était devenu maître de Poste d'Issenheim en 1769.

Il établit de suite son fils Jean-Thiébaut à Issenheim en faisant l'acquisition d'une maison et écurie, très petites et peu commodes, en attendant qu'il puisse y former un établissement plus considérable.
Le 2 novembre 1771, Jean-Thiébaut épouse Catherine HERZOG de Schlierbach. De leur union naîtront quatre enfants :

  • Jean-Thiébaut (17 août 1772 - 28 juin 1869)
  • Marie-Catherine (28 mai 1775 - 21 décembre 1845)
  • François-Joseph-Aloyse (31 mars 1778 - 30 juillet 1863)
  • Mathieu-Valentin (21 septembre 1779 - 12 février 1782).

L'emplacement acheté en 1769 étant trop étroit pour y loger les chevaux de Poste, fourrages et autres denrées, il cherche, sans succès, un logement convenable pour y établir la Poste.
Il y avait lieu d'espérer que les prieurs et religieux de l'ordre de Saint-Antoine, qui possédaient un champ de part et d'autre de la chaussée royale 83 de Strasbourg à Lyon, lui en abandonneraient une partie. Mais ceux-ci refusant, il s'adresse alors à la communauté d'Issenheim pour que cette dernière lui cède un terrain communal situé au-delà du grand pont en pierre à la sortie vers Rouffach.
Mais les préposés de la communauté s'opposent à sa demande sous prétexte que le terrain est divisé en trois parties. La première forme un terrain dégradé par la Lauch et qui, de l'autorité de l'Intendant, est affermé et sert de chantier aux entrepreneurs de la coupe de Lautenbach. La seconde partie sert de champ aux arquebusiers d'Issenheim, sur lequel ils ont, à leurs frais, fait bâtir une maison nécessaire à leur «tirerie». Enfin, la troisième partie sert de chemin aux habitants pour aller sur leurs «héritages», et de passage aux troupeaux communaux pour aller à la pâture.
Les prévôts et préposés de la communauté répliquent que si ZIMMERMANN n'a pas les commodités suffisantes pour loger ses chevaux, fourrages et denrées, il y a des maisons qui pourraient lui convenir et qui sont à vendre à Issenheim. Ils lui suggèrent notamment d'acheter celle de l'ancien maître de Poste, qui est d'après eux la plus commode et la mieux située de toutes les maisons de Poste de la province. Et de conclure qu'il ne tient donc qu'au sieur ZIM
MERMANN de l'acheter si absolument il lui faut un logement plus spacieux.
ZIMMERMANN a fait alors plusieurs démarches infructueuses, en voulant acquérir des maisons qui avaient été mises en vente, mais les unes n'étaient point propres à l'établissement de la Poste, et le prix des autres était trop exorbitant.
Cependant d'après MULLER, le subdélégué colmarien de l'Intendant, les raisons qui déterminent le refus des préposés ne sont point fondées. En effet, le chantier de la coupe de Lautenbach n'occupe qu'une petite partie du communal. Le terrain est suffisant non seulement pour un chantier, mais encore pour l'établissement d'une Poste aux chevaux et de ses dépendances.

Malgré ces deux établissements, la communauté pourra encore se servir de la tirerie, ainsi qu'elle l'a fait de tout temps. MULLER estime que le refus des préposés ne doit être envisagé que «comme un effet de leur mauvaise volonté». Le 18 septembre 1772, il est d'avis d'autoriser ZIMMERMANN à construire sur le communal en question. Celui-ci doit avoir la préférence, étant donné qu'il est tenu à un service qui intéresse le public. La communauté d'Issenheim n'y perdra rien, car elle percevra une rente foncière que l'Intendant affectera sur le terrain qui sera accordé au maître de Posté. Cette rente foncière sera réglée par des experts, dont les parties conviendront devant le subdélégué, ou qu'il prendra et nommera d'office.
Et MULLER conclut qu'en réalité Jean-Thiébaut ZIMMERMANN «éprouve toutes les difficultés auxquelles sont exposés les nouveaux venus dans une communauté». Les habitants d'Issenheim se sont convenus entre eux de lui faire payer cher son nouvel établissement. En effet, il ne trouvera de maison qu'en payant le double de sa valeur, et d'un autre côté les préposés de cette communauté «lui refusent par un pareil motif de vexation un terrain communal pour y former sa demeure».
Suivant l'avis de son subdélégué, et sans s'arrêter aux réponses des préposés, l'Intendant d'Alsace de Blair de Boisemont autorise le 22 mai 1773 le sieur ZIMMERMANN à construire à l'emplacement prévu. Rappelons au passage que l'Intendant de justice, de police et de finance, commissaire départi pour l'exécution des ordres du roi, était le représentant le plus direct et le plus puissant du pouvoir royal dans la province d'Alsace. Les subdélégués remplissaient à peu près les fonctions de sous-préfets actuels, l'Intendant les nommait et les révoquait à son gré. A Colmar, le subdélégué était presque toujours un consubdélégué au Conseil Souverain.

 


Prétentions abusives de Zimmermann aux communaux

 

Toujours en 1772, ZIMMERMANN se voit refuser (à juste titre) une part dans les prés communaux d'Issenheim. On apprend à cette occasion qu'il ne se fait aucune distribution des communaux entre les bourgeois d'Issenheim. Les prés, champs et autres communaux sont affermés pour l'espace de six ans au plus offrant et dernier enchérisseur. Cette adjudication au profit de la commune date d'une ordonnance du 3 novembre 1766, ratifiée le 8 mars 1767 par l'Intendant de Blair.
«Appolinaire SCHURRER a enchéri les prés communaux de 1767 à 1773 moyennant un canon annuel de 1472 livres. Il a ensuite sous-fermé les fonds entre bourgeois, à l'exclusion des habitants. D'autre part, la communauté n'a qu'un petit bois d'aulnes. Il se fait une distribution de fagots tous les 12 à 15 ans».

Comme ZIMMERMANN n'est à Issenheim que depuis trois ans, il pourra se présenter à la prochaine adjudication si l'Intendant le caractérise en qualité de bourgeois. En effet, le titre de bourgeois d'une ville ou d'un village n'appartenait pas à tous les habitants. Ceux qui n'étaient pas bourgeois de naissance ne pouvaient le devenir qu'en achetant ce titre. Il fallait pour cela prouver que l'on avait les moyens suffisants d'existence. Aucune ville, ni communauté d'habitants ne pouvait admettre de nouveaux bourgeois de naissance, sans le consentement de son Seigneur. Les habitants non bourgeois ou manants ne participaient ni aux élections, ni à la jouissance des bien communaux et étaient généralement tenus de payer à la commune un droit annuel de manance.

 


Conflit avec la communauté sur l'emplacement de la maison de Poste

 

Suite à l'autorisation de construction délivrée par l'Intendant, les plans sont établis le 13 juillet 1773. Mais les préposés reviennent à la charge.
Leur première objection est la suivante : comme une partie de l'emplacement de la maison se trouverait comprise dans le bail du sieur SCHELLBAUM, adjudicateur de la coupe de Lautenbach, les préposés craignent que celui-ci ne leur réclame des dommages et intérêts, d'autant qu'il faudrait d'après le plan, changer la dérivation du canal de flottage du bois en rapprochant le cours de la Lauch de dix-huit pieds plus près du village.
Mais SCHELLBAUM signale qu'il ne s'opposera jamais à ce qui sera réglé et ordonné par l'Intendant.
Qu'importe, les représentants de la Communauté ont d'autres arguments en réserve. Comme le rivage est extrêmement bas dans cette partie et n'est composé que de cailloux qui n'ont point de «tenacité», le chemin communal passant le long de la Lauch et de la future maison de Poste sera submergé par les crues. En conséquence, ils en demandent l'entretien au maître de Poste.
Ce dernier réplique que par l'établissement de la Poste en cet endroit, le chemin deviendra voie publique.
Mais les proposés ne sont pas encore au bout de leurs arguments. Ils disent que le troupeau communal consiste en plus de deux cents pièces de bétail qui n'ont que ce chemin pour se rendre à la pâture. D'après eux, le chemin ne sera jamais assez large pour que le troupeau puisse y passer sans accident. Ils présentent donc une requête à l'Intendant en le priant de bien vouloir se faire rendre compte de la situation.
En définitive, devant toutes ces complications, et surtout à cause de l'étroitesse de l'emplacement en question, Jean-Thiébaut ZIMMERMANN finira par
s'arranger avec les pères de Saint-Antoine. Ceci à la suite d'un échange de quelques terres labourables situées dans le finage d'Issenheim. Les prieurs cèdent au maître de Poste une pièce de la contenance de trois journaux et de deux perches, située à la sortie du lieu en-delà du grand pont et sur la droite de la route qui conduit à Rouffach. Cette pièce, qu'il convoitait déjà en 1772. se trouve juste à côté du terrain communal qui posait tellement de problèmes. En échange de cela, ZIMMERMANN cède trois pièces situées respectivement aux cantons dits Hinter Ostein, et Kirchenfeld, d'une contenance de 781 perches, ou trois journaux et 69 perches, soit 67 perches de plus que la pièce où s'élèvera la future maison de Poste.
Comme ce terrain sortira à l'avenir de la perception de la dîme, le maître de Poste s'engage à payer à la commanderie, annuellement et à perpétuité. une rente foncière non rachetable de trois boisseaux de froment, et autant d'orge. bonne et loyale marchandise, le tout en date du 28 mai 1774.
Nous constatons que l'échange est nettement favorable aux Antonins. En effet, en plus des 67 perches de surface, le sieur ZIMMERMANN s'engage à leur régler chaque année une rente foncière. Ils obtiennent donc l'autorisation d'échange de leur abbé général de Navarre, alors que c'est la crainte d'un avis contraire qui avait motivé leur refus de février 1772.
Le 16 juillet 1774 est établi le plan de la nouvelle maison. Celle-ci aura quatre-vingt pieds de long sur quarante de large, l'entrepreneur de la construction étant François SCHMITT, maître maçon d'Issenheim.
Le prévôt RISACHER et le bourgmestre SCHURRER n'ont plus rien à objecter.
La maison sera construite en 1775, comme l'atteste l'inscription au dessus de la porte d'entrée qui, outre la date, comprend également les initiales TZ du maître de Poste. Le relais entrera la même année en service, comme le prouve son enseigne que Monsieur Armand SCHATZ, ancien propriétaire de la maison, décédé début 1979, a cédé en 1967 au musée d'histoire des PTT de Riquewihr.

 


Création d'un service de messagerie

 

En 1777, les maîtres de Poste de Belfort, Aspach, La Chapelle, Issenheim. demandent l'autorisation d'établir deux nouveaux chariots pour conduire le, voyageurs de Belfort à Colmar.
Ils disent que l'utile établissement de deux chariots a convaincu le public du grand avantage qu'il pouvait en retirer. L'économie qu'ils offrent aux voyageurs a rendu inutiles les dépenses des maîtres de Poste pour l'entretien et la
course de la diligence qu'ils font courir deux fois par semaine et qui est délaissée par le public.

En effet, les chariots font le trajet Belfort-Colmar en un seul jour. _-4
évite le désagrément de séjourner en route et la dépense d'un souper ;J coucher. Ces chariots font le voyage deux fois par semaine, mais s*-.-.--.-i insuffisants devant le succès rencontré auprès du public.
Les suppliants se proposent de remédier à cette insuffisance en étab'.:".w deux nouveaux chariots. Ceux-ci seront solides, bien couverts et feront i navette deux ou trois fois par semaine quand les autres seront au repos ou c retour.
Ce nouvel établissement ne pourra donc porter préjudice à ceux déjà forme et profitera au public en dimunuant ses dépenses de voyage.
Ils espèrent obtenir l'autorisation nécessaire de l'Intendant, d'autant qu'i sont «destinés et sujets à des corvées dispendieuses au service modiquemel retribué des malles, et à un entretien souvent oisif des chevaux». Ils estima être faiblement dédommagés des dépenses de leur état et de l'inutilité de 1'e---tien de la diligence en demandant une rétribution de cinq sols par lieue et par voyageur.


Le statut fiscal du maître de Poste en 1788

Le 5 novembre 1788, le bailli REISET qui a la charge des départements d'Ensisheim et Sainte Croix, de Bas-Landser, d'Issenheim et de Thann, dresse l'état des frais communs qui sont à la charge de ces baillages pour l'année 1788. Dans le nombre des articles qui composent ces charges, il en est une sur laquelle il insiste particulièrement : c'est celle qui concerne l'exemption des maîtres de Poste. En effet, il y a un relais dans chacun des baillages dont l'administration lui est confiée.
Nous apprenons à cette occasion que l'exemption dont bénéficient les maîtres de Poste s'applique d'après les règlements et ordonnances, à la totalité des biens qu'ils possèdent. Quant aux biens affermés, ils bénéficient d'une exemption sur cinquante arpents lorsqu'ils tiennent une hôtellerie, et sur cent lorsqu'ils n'en tiennent pas.
Pourtant, pour ne pas surcharger les autres membres de la communauté, il est d'usage d'imposer les maîtres de Poste à l'instar des autres contribuables, d'en faire état au collecteur et d'en faire comprendre le montant dans les frais annuels des baillages. Mais ces frais varient et augmentent régulièrement, soit du fait de nouvelles acquisitions des maîtres de Poste, soit que les communautés profitent de la circonstance pour surcharger les sommes procurant ainsi un soulagement aux autres propriétaires. Cette manière d'agir devient considérable dans les quatre baillages précédemment cités : dans celui d'Issenheim, la cote du maître de Poste s'élève à 962 livres dont le tiers seulement est à la charge de ce baillage, les deux autres tiers étant à la charge du baillage de Rouffach.
REISET signale donc la charge très onéreuse qui en résulte. Il soupçonne même les maîtres de Poste de simuler des acquisitions en cherchant à étendre par tous les moyens les avantages dont ils profitent. Il faudrait donc inciter les préposés aux répartitions des impôts à vérifier la vérité des déclarations qui leur sont faites, en rendant les maîtres de Poste personnellement responsables de l'exactitude de la cote.
REISET propose également de surveiller les communautés, car il a remarqué un abus de leur part, principalement à Issenheim et Aspach-le-Bas, où l'on a imposé des maîtres de Poste pour des sommes considérables qui dépassent 200 livres à Issenheim et, près de 300 à Aspach. Ce procédé tend visiblement à soulager les autres habitants d'une partie de cette imposition pour en rejeter la charge sur le baillage. Il est d'autant plus exagéré que les maîtres de Poste sont exemptés de cet impôt.


La période révolutionnaire

Sous la révolution, l'une des premières réformes en matière postale sera justement la suppression des exemptions d'impôt et de charges publiques dont bénéficiaient les maîtres de Poste sous l'Ancien Régime. Si le personnel de la Poste aux lettres accepta sans récriminations la suppression de ces préroga-tives, il n'en fut pas de même pour les maîtres de Poste.
Ils menacèrent de démissionner si un palliatif n'était pas rapidement apporté à l'insuffisance de leur salaire. Il faut dire que leur revendication semble assez légitime. Les exemptions représentaient la partie la plus tangible du bénéfice qu'ils retiraient de leur entreprise. Le pouvoir royal avait spéculé sur ces avantages pour ne leur accorder que des gages insignifiants, en rémunération des
lourdes charges qu'ils assumaient.
Finalement, l'Assemblée qui ne pouvait revenir sur le principe de la suppression des privilèges, leur alloua une gratification annuelle de trente livres par cheval entretenu pour le service de la Poste, le nombre de chevaux nécessaire étant défini tous les ans. De plus, il était prévu une augmentation des rémunérations pour la fourniture des chevaux. Ces mesures furent confirmées par lettre patente du roi, le 5 mai 1790.
Sous la Convention, les gages du maître de Poste étaient de quarante francs par an pour chacun des cinq premiers chevaux, de trente pour chacun des cinq suivants et de vingt, au-delà.
En l'An II de la République, J.-Th. ZIMMERMANN dispose de vingt-quatre chevaux employés aux diligences et au service de la malle-poste. Pour nourrir ces chevaux, le maître de Poste doit disposer d'une importante quantité de fourrage qu'il tire en partie des bans voisins. Comme il dirige un service publie, il est le seul propriétaire d'Issenheim exempté de livraison de foin aux magasins de l'Etat se trouvant à Soultz, et destiné à l'approvisionnement des corps de troupe.
Le relais d'Issenheim servait également d'auberge et les différents services dépendant de la maison de Poste occupaient onze domestiques en 1794, dont quelques-uns travaillaient sur l'exploitation agricole.

J. Th. ZIMMERMANN possédait quatre boeufs utilisés comme bêtes de labour et d'attelage ainsi que six vaches qui allaient grossir le troupeau com- munal sur les pâtures. Toujours cette année, il déclarait deux cent quintaux de paille, trente de pommes de terre et un demi-quintal de légumes secs.
La loi du 2 Brumaire An IV (24 octobre 1795) arrête seize articles concernant tant les indemnités à accorder au maître de Poste, que le nouveau mode
d'organisation des relais de la République. Elle se résume comme suit : les maîtres de Poste continueront à être indemnisés sur le déficit des frais de nourriture et d'entretien des chevaux. La ration journalière de chaque cheval demeure fixée à onze livres d'avoine, vingt de foin et dix de paille. Pour les chevaux faisant le service des diligences, il est prévu un supplément de cinq livres. Les états de recettes et dépenses présentés par les maîtres de Poste devront être certifiés par les municipalités.
Pour leur faciliter les achats de chevaux et de fourrage, les maîtres de Poste pourront bénéficier d'avances à valoir sur les indemnités. Les municipalités devront veiller à ce que celles-ci soient employées au maintien du relais. L'administration règlementera le nombre des chevaux de chaque relais. Les indemni-tés pour perte de chevaux seront supprimés, sauf cas de maladie épizootique.
Il sera accordé provisoirement aux maître de Poste un sixième par an de la valeur de leurs chevaux, pour leur tenir lieu de «l'usée». Un amortissement avant la lettre !
Tout maître de Poste devra obligatoirement remplacer un cheval mort ou hors de service. Il est interdit de pratiquer des tarifs supérieurs au tarif officiel et tout postillon qui le fera sera puni de dix jours de détention.


La démission de Jean-Thiébaut Zimmermann

Le 1er Pluviôse An VII de la République (20 janvier 1799), BEIGER, commissaire du Directoire exécutif auprès de l'administration municipale du canton de Soultz, invite par lettre le citoyen ZIMMERMANN, maître de Poste aux chevaux à Issenheim à lui faire parvenir dans les 24 heures les noms, prénoms et âges de ses postillons. Par une nouvelle lettre, le 5 Pluviôse (24 janvier) et en réponse à celle que lui avait envoyée ZIMMERMANN le 3, BEIGER lui annonce que Jean JONNET de Biesheim et Marc FISCHER de Schlierbach sont réquisitionnables. En effet, l'article I d'un précédent arrêté du Directoire stipulait que : «les maîtres de Poste et postillons compris par leur âge dans la première réquisition doivent être incorporés dans les demi-brigades les plus voisines des lieux de leur établissement, ceux de la circonscription doivent rejoindre de suite». Article 2 : «...les postillons peuvent cependant rester à leur poste jusqu'à ce qu'ils aient été remplacés».
BEIGER invite donc ZIMMERMANN à envoyer ses postillons JONNET et FISCHER au commissaire des guerres à Colmar qui leur indiquera leur lieu d'incorporation. Quant à Joseph ZIMMERMANN, le propre fils du maître de Poste également compris par son âge dans la classe de la conscription militaire, il est tenu d'après le premier article de rejoindre de suite. Il est invité à se rendre incessamment au secrétariat de l'administration municipale pour y chercher sa feuille de route pour Belfort, où il s'adressera au citoyen LEGRAND dont il recevra les ordres ultérieurs.

Le 14 Ventôse (4 mars 1799) la lettre du 5 Pluviôse ayant été sans effet, BEIGER rappelle à ZIMMERMANN qu'il doit envoyer ses postillons à Colmar. Il lui est demandé d'autre part, et dans les 24 heures, de faire parvenir à Soultz un certificat constatant que les postillons se trouvent incorporés dans une demi-brigade, avec numéro de la demi-brigade, noms et prénoms des postillons.
Le 28 Ventôse (18 mars), BEIGER écrit au commissaire du département pour lui signaler que le 15 du même mois, ZIMMERMANN l'a prévenu que les deux postillons étaient allés à Colmar chez le commissaire de guerre BLANCHARD. Le commissaire les a envoyés chez un chef de brigade. Ce dernier déclara qu'il ne les recevraient qu'à condition qu'ils rejoignent son propre corps au plus tard dans les quinze jours. Ils sont donc revenus sans être embrigadés.
Le 3 Germinal (23 mars 1799), par retour du courrier, le commissaire du département taxe BEIGER de négligeant. Et celui-ci d'écrire le même jour à ZIMMERMANN : «...c'est votre insouciance qui m'a attiré ces reproches. J'espère que vous les réparerez en faisant embrigader vos deux postillons et en me faisant parvenir le certificat dans les 24 heures, sinon je serai obligé d'employer des mesures de rigueur. Quant à votre fils Joseph ZIMMERMANN, il doit immédiatement rejoindre le dépôt général des conscrits de Bâle, sinon je serai également forcé de prendre des mesures rigoureuses...» .
Mais les menaces ne semblent point toucher ZIMMERMANN. Aussi le 4 Floréal (23 avril 1799) BEIGER écrit au commissaire du département que «malgré les invitations réitérées faites au citoyen ZIMMERMANN en exécution de vos lettres du 18 Nivôse, 2 Ventôse et 1er Germinal, je n'ai pu parvenir à faire embrigader les deux postillons. L'un d'eux nommé Marc FISCHER de Schlierbach vient de quitter clandestinement le service dudit ZIMMERMANN, sans que ce dernier puisse déclarer la retraite de son postillon. L'autre nommé Jean JONNET de Biesheim se trouve encore au service dudit ZIMMERMANN sans avoir produit un certificat d'embrigadement.

Joseph ZIMMERMANN fils vient de m'envoyer un certificat constatant qu'il est entré dans le bataillon des Canonniers de l'école de Strasbourg. Voilà le résultat de nos démarches faites envers les postillons réquisitionnaires et conscrits en activité chez ZIMMERMANN maître de Poste à Issenheim et unique maître de Poste aux chevaux du canton. Je vous prie de me tracer ultérieurement le chemin qui reste à suivre, en vous observant que le dit ZIMMERMANN m'a déclaré qu'il ne pouvait plus garantir le service de son état...» .

Le 11 Messidor (29 juin 1799), dans une nouvelle lettre, BEIGER demande si, d'après le nouvel arrêté daté du 13 Prairial (1erjuin), il doit faire rejoindre leur brigade à Jean JONNET et Thiébaut ZIMMERMANN, autre fils du maître de Poste, tous deux postillons réquisitionnaires. Ces derniers sont en effet attachés à la 57e demi-brigade et porteurs d'un congé de quatre mois.

Le 20 Messidor (8juillet), il écrit à ZIMMERMANN : «Au reçu de l'arrêté du Directoire exécutif du 13 Prairial dernier qui rapporte tout arrêté et décision prise en faveur des réquisitionnaires et conscrits, et qui ordonne par son article qu'ils sont tous tenus de rejoindre sans délai les corps dans lesquels ils ont été incorporés, je me suis adressé au commissaire du département pour savoir si vos postillons étaient compris ou non ? Sa réponse du 16 est formelle à cet égard : en conséquence, je vous invite à envoyer immédiatement à mon bureau les nommés Thiébaut ZIMMERMANN et Jean JONNET de Biesheim, tous deux postillons en activité de service chez vous, pour prendre leur feuille de route afin de rejoindre leurs corps».
Quatre jours plus tard, J. -Th. ZIMMERMANN démissionnait de sa charge.
Mais comme tout maître de Poste, il était obligé d'assurer le service de son relais pendant six mois à dater du jour de sa démission, à moins qu'il n'ait été, dans l'intervalle, pourvu à son remplacement.
Par la suite Jean-Thiébaut ZIMMERMANN continuera à s'occuper de son auberge, deviendra conseiller municipal, et mourra le 30 mars 1813 à l'âge de 70 ans.


Les successeurs de Jean-Thiébaut Zimmermann

Sous le Consulat (1799-1804), François Antoine HILTENBRAND sera le nouveau maître de Poste d'Issenheim.
Né à Issenheim le 12 octobre 1768, il est le fils de François Joseph HILTENBRAND, originaire de Buhl et d'Anne-Marie STROBEL. Il installe le relais à son domicile, l'auberge Au Lion d'Or, située au bord de la grande route, à l'angle que celle-ci forme avec le chemin allant à l'ancien domaine seigneurial. En 1966, cette maison a été ravagé par un incendie et détruite. A son emplacement s'élève aujourd'hui un H.L.M.
Dès son arrivée au pouvoir ( 1804), le gouvernement impérial était menacé par la défection des maîtres de Poste qui délaissaient leurs fonctions, en raison de peu de profit de leurs entreprises. En abandonnant à l'industrie privée l'exploitation des messageries, le Directoire les avait privés d'une source intéressante de profits. Ainsi le public désertait les maisons de Poste, et les chevaux, pour la plupart, ne servaient plus qu'aux courriers. Ce n'était point suffisant et il fallait trouver un remède surtout pour les routes à grand trafic où se trouvait précisément le relais d'Issenheim.
Une série de textes eut pour but de mettre fin à ces difficultés. Les entrepreneurs de voitures publiques devaient payer vingt-cinq centimes aux maîtres de Poste par cheval et par poste, même s'ils ne se servaient pas de leurs chevaux. On augmenta également le prix des chevaux utilisés par le public pour les voyages en poste.

En 1812, on ne compte que quatre hectares d'avoine ensemencés à Issenheim, de telle sorte que le maître de Poste doit acheter la plus grande partie de ses avoines dans les Vosges et dans les arrondissements d'Altkirch et de Belfort.
En 1814, il doit, à la demande du maire Mathias WILHELM, prêter une berline neuve à des officiers autrichiens. Elle ne lui sera jamais rendue et ce n'est qu'en avril 1832 que le conseil municipal l'indemnisera par un échange favorable de terrains. Bénéficiant de bonnes conjonctures d'alors (comme celle de l'établissement d'une filature à Issenheim). F.A. HILTENBRAND voit son service se développer considérablement.

En 1816, il achète pour 35 000 francs de terrains communaux, dont il revendra bientôt une grande partie en réalisant toutefois d'importants bénéfices. Il grand également de quarante chevaux, ce qui double pratiquement l'effectif de 1794.
En 1839, il démissionne en faveur de son fils, pour devenir entrepreneur de voitures publiques. F.A. HILTENBRAND II (18 Vendémiaire An XII -11 octobre 1803 - 12 juillet 1869) sera le dernier maître de Poste d'Issenheim. Le 18 décembre 1830, sur les ordres venus de Paris, le préfet du Haut-Rhin demande des renseignements sur le sieur HILTENBRAND fils, que son père maître de Poste à Issenheim propose à sa place. Les renseignements ont été demandés à M. WENDLING, maire de Soultz. Le 4 février 1831 lui est concédé le brevet de maître Poste d'Issenheim.
En avril 1833, F.A. Hiltenbrand 11, fils de F.A. HILTENBRAND entrepreneur de voitures publiques et de Marie-Ursule MEISTER, épouse Christine SPETZ de Soppe-le-bas. A cette occasion les parents HILTENBRAND donnent à leur fils leur maison, cour, granges et écuries en la rue dite Landstrass ou Grande route, le tout est estimé à 14 000 francs, plus un petit jardin au lieu dit Am Altenweg.
Ce jardinet sera revendu le 9 avril 1837 aux frères ZIMMERMANN, les fils de l'ancien maître de Poste qui y feront construire l'hôpital d'Issenheim.
Le 20 décembre 1836, lors de la liquidation de la communauté HILTENBRAND-MEISTER le mobilier destiné au service de la Poste, et qui revenait à F.A. HILTENBRAND II se composait de : «..20 chevaux de poste, ceux destinés à ce service, ceux destinés au service des accélérés, les harnais des chevaux, selles et bricoles, les voitures pour le service des diligences et des accélérés... Le tout abandonné pour 14 000 francs plus l'atelier de maréchal ferrant pour 400 francs».
Une importante innovation consécutive aux découvertes scientifiques allait bouleverser les conditions de transport des correspondances : l'utilisation de la vapeur. Chemin de fer et paquebots allaient apporter une grande amélioration à la lutte contre le temps et les distances. Certes des voitures de plus en plus chères avaient provoqué quelques gains de temps, mais bien maigres en comparaison des performances des nouveaux moyens de locomotion.
A ces avantages s'ajoutait encore la possibilité d'employer la durée du trajet pour le tri des correspondances, ce qui eût été impossible sur les routes en raison du volume et du poids qu'il aurait fallu donner aux malles-postes.

Cette expérience fut tentée en France dès 1844 sur la ligne Paris-Rouen, puis à la fin de la monarchie de juillet, sur la ligne Strasbourg-Mulhouse. La construction de la ligne de Strasbourg à Bâle en passant par Mulhouse, s'échelonne de 1837 à 1841. Il était prévu qu'elle longerait la route royale 83 de Strasbourg à Lyon, des environs de Fegersheim jusqu'à Issenheim, qu'elle borderait avant de desservir Bollwiller. Mais au Sud de Colmar, le tracé par Issenheim qui aurait exigé une pente trop forte n'a pas été retenu.
Cette substitution de la voie ferrée aux malles-poste n'alla pas sans plaintes et sans récriminations. Une lithographie de DAUMIER représente les maîtres de Poste regardant les trains qui leur passent sous le nez et dont le nez précisément s'allonge devant la perspective d'une concurrence ruineuse pour leur commerce.
La question de compensation se posa, les maîtres de Poste ayant demandé à être indemnisés pour la concurrence de plus en plus victorieuse que leur faisaient les chemins de fer. Elle devait être résolue à leur profit, après nombre de consultations juridiques et d'interventions judiciaires.
Le relais d'Issenheim est déclaré vacant vers les années 1850.
C'est ainsi que disparaît la Poste aux chevaux dans un monde qui déjà tourne irrémédiablement vers le modernisme, sacrifiant à la rentabilité, les maîtres de Poste, personnages hauts en couleurs qui provoquaient la jalousie de leurs citoyens, et leurs postillons aux uniformes célèbres, qui sont autant de personnages légendaires aujourd'hui relégués dans le folklore.
Il nous a paru intéressant, de les restituer, dans un contexte local, face aux problèmes de leur époque.


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