Imprimer

Les deux frères Zimmermann

Jean-Thiébaut ZIMMERMANN, originaire d'Aspach-le-Bas, s'installe à Issenheim en 1769. Pendant trois décennies, il y occupe la fonction de maître de Poste. De son union avec Catherine HERZOG, de Schlierbach, naissent quatre enfants : une fille et trois garçons. De ces derniers, seuls deux survivent. Il s'agit de Thiébaut (1772-1869) et de Joseph (1778-1863) : les deux frères ZIMMERMANN.
Leur enfance passée sur les bords de la Lauch, au contact intime des chevaux de poste, est marquée par une éducation sérieuse fortement imprégnée de culture musicale et artistique. La Les frères Zimmermanntourmente révolutionnaire les surprend en pleine adolescence. L'entreprise paternelle, service public par excellence, est alors confrontée aux tracasseries administratives du centralisme naissant. Le fait d'exercer le métier de postillon leur permet d'échapper provisoirement à la réquisition militaire. Quand en 1799, l'un après l'autre, ses employés sont enrôlés dans l'armée, leur père démissionne de sa fonction. Tandis que Thiébaut intègre la 57e demi-brigade, Joseph entre au bataillon des Canonniers de l'école de Strasbourg.
En 1809, le frère cadet acquiert le foulon d'Issenheim. puis s'associe avec son aîné. Deux ans plus tard, ils relouent le petit complexe industriel. Thiébaut s'exile alors pour un temps du côté d'Oberbruck. En 1816, les deux frères ZIMMERMANN et leur nouvel associé Abel BAÜMLIN fondent une filature de coton à proximité de l'ancien moulin.

Pendant un quart de siècle, ils participent étroitement au considérable développement industriel deLes frères Zimmermann notre cité. En 1840, ils s'effacent au profit de leurs neveux SPETZ et GAST.
Parallèlement à leurs activités professionnelles, les deux célibataires investissent une bonne part de leur énergie et de leur fortune au profit de la solidarité communale. Ils sont tous deux membres du Conseil Municipal où Thiébaut siège comme adjoint au Maire jusqu'en 1831.
En 1824, ce dernier cède gratuitement un terrain destiné à la construction de la nouvelle église paroissiale.
Président du Conseil de fabrique de la paroisse St-André, de 1834 à 1869, il est le donateur de l'ancien orgue Callinet, un grand et bel instrument dont il jouait lui-même lors de fêtes solennelles.
Thiébaut est aussi l'un des membres fondateurs, puis mécène de la Société de musique de Guebwiller. A Issenheim, il dirige personnellement une chorale. Outre ses talents musicaux, il joue indifféremment de plusieurs instruments ; il s'exerce également à l'art de la peinture. Le musée du Florival conserve certains de ses tableaux.


Fondation et débuts de l'Hospice d'Issenheim

Par un acte de donation daté du 23 avril 1859 et déposé en l'étude de Me WILHELM, notaire à Rouffach, les deux frères Thiébaut et Joseph ZIMMERMANN fondent l'hospice d'Issenheim. Cette transmission, acceptée le 14 mai suivant, se compose d'une maison avec un petit jardinet et une cour, situés "am am Altenweg", de divers objets mobiliers et d'un capital d'une valeur de 60 000 F.
Le 24 mars 1860 est accordée l'autorisation de création de l'hospice. La maison, cadastrée sous le numéro 30 section C, est convertie en hospice civil. Elle est confiée à trois Soeurs de Charité de la Congrégation du Très Saint Sauveur de NIEDERBRONN, qui soignent à domicile les malades indigents de la commune. Exceptionnellement, l'hospice pourra servir d'asile aux plus démunis. Trois lits y sont installés à cet effet.
Le 8 mai 1861 la commune assure le bâtiment hospitalier contre les risques d'incendie, auprès de la Société d'assurance mutuelle du Haut-Rhin. Joseph ZIMMERMANN, l'un des fondateurs, décède en 1863. Une première extension de l'hospice a lieu en 1864. On y aménage un cabinet de bain, une buanderie avec un puits et une chaudière.

Le 5 août 1866, les autorités municipales accordent à M. Thiébaut ZIMMERMANN et Jean Baptiste SPETZ deux concessions au cimetière. Il est décidé de reverser le tiers du montant des concessions à la caisse de l'hospice civil du lieu.
Le même jour, le conseil municipal accepte avec reconnaissance deux libéralités en faveur de l'établissement hospitalier. Celles-ci émanent de particuliers d'Issenheim.

maison zimmermannEn 1867, l'établissement fonctionne toujours sous la forme d'un dispensaire. En effet, plusieurs malades indigents de la commune sont encore placés à l'hôpital de Soultz.

Thiébaut ZIMMERMANN meurt le 28 juin 1869. Par testament olographe et deux codicilles, l'ancien manufacturier institue l'hospice d'Issenheim son légataire universel.

En septembre 1873, il est question d'un placement au meilleur rendement possible, d'un capital de 50 000 F, au profit de l'hospice. Un règlement communal sur la tarification des concessions de terrains destinés aux sépultures stipule que dorénavant le tiers du prix de concession sera versé à la caisse de l'hôpital.

En février 1875, un ancien valet de chambre du lieu, effectue une donation testamentaire d'une valeur de 1000 F (800 Marks) en faveur de l'œuvre fondée par les frères ZIMMERMANN.

En mai 1876, il est, pour la première fois, fait mention de la vente de l'herbe provenant des prés de l'hospice. Les dépenses pour l'exercice 1875 se montent à 2534 Marks. L'achat du bois de chauffage et des denrées alimentaires en représentent plus de la moitié. A ce chapitre sont également mentionnés les frais pour médicaments et la pension des orphelins du village.

Le 20 novembre 1876, le conseil d'administration de l'hôpital accorde, après obtention des garanties nécessaires, un prêt, d'un montant de 30000 Marks au taux de 3 % et amortissable sur 60 ans, à la commune d'Issenheim. Cet argent est destiné au financement de la construction de la future école des filles avec "salle d'asile" (école maternelle).

En 1880, diverses transformations effectuées à l'intérieur de l'hôpital sont chiffrées à 2883 M.
Le 4 février 1882, les conseillers décident d'acquérir la maisonnette d'André STERNENBERGER pour y installer une morgue. Le conseil municipal émet un avis favorable et autorise le conseil de l'hôpital à prévoir une dépenses de 1000 M.

Finalement, le 13 septembre suivant, leur choix se porte sur une autre maisonnette qui abrite la buanderie des établissements SPETZ.

En janvier 1883 se concrétise enfin l'acquisition, pour un montant de 14500 M., du moulin du meunier Louis ACKERMANN, l'ancien moulin seigneurial. Cette opération obtient le consentement unanime des autorités villageoises, qui félicitent à l'occasion les administrateurs de l'hôpital pour cet "acte judicieux".

En mai 1884, il est décidé d'édifier un nouveau mur de clôture autour du jardin de l'hôpital. Le budget de l'exercice précédent est excédentaire de 2558 M.

En mars 1866, l'hospice se rend propriétaire d'une autre maisonnette adjacente, cadastrée n°27 et 29 section C, lieu-dit "Am Altenweg".

En 1887, le "BÜRGER-SPITAL" est cité parmi les "Hôchsbesteuerte", c'est-à-dire ceux qui payent le plus d'impôts locaux.
En juin 1888, le moulin de l'hôpital est affermé au serrurier Joseph SCHMITT contre un loyer mensuel de 34 M.

En novembre 1890, l'hôpital achète la maison HOFFMANN.

Moins de trente ans après sa fondation, l'hospice des frères ZIMMERMAN a conquis ses lettres de notoriété publique. Le centre de soin des bords de la Lauch assure aux malades, aux indigents, aux personnes âgées une présence un accueil, un hébergement indispensables à ce gros bourg, industriel de la fin du 19e Siècle.


La nouvelle maison de retraite

Le 26 juin 1986 le Conseil d'Administration de l'hôpital décide de moderniser et d'agrandir "l'hôpital rural autonome" d'Issenheim. Par une délibération datant du 26 février 1988, le Conseil Municipal accepte que la commune assure la maîtrise d'ouvrage.

Les travaux débutent par la démolition des anciens bains municipaux, de la morgue, de l'atelier communal et de quelques bâtiments environnants.

Le chantier s'installe au printemps 1990. En juillet les ouvriers procèdent à la mise en place du coffrage des fondations.

maison zimmermann Les travaux se répartiront en deux tranches. La première concerne l'adjonction d'un nouveau bâtiment d'une cinquantaine de chambres. La seconde phase concernera la modernisation et la restructuration de l'ancien bâtiment, où seront regroupés une vingtaine de lits de long séjour.
La jonction entre les deux bâtiments est réalisée en mai 1991.

En janvier 1992, la nouvelle maison de retraite est en voie d'achèvement.

Quand les travaux seront terminés, l'hôpital assurera la gestion de la maison. Il remboursera également à la commune les capitaux qu'elle a engagés.